L’Invention de Louvette
Avec l’arrivée de tous les romans de la rentrée littéraire de septembre 2021, le roman L’Invention de Louvette est sorti du lot ! L’histoire de cette petite fille que l’on suit pendant ces 17 premières années vous emportera dans un pays qui n’est jamais nommé, mais que, l’on s’en doute, est le Salvador. Le Salvador est en effet le pays d’origine de l’autrice Gabriela Trujillo...
« Toute ressemblance avec des personnes ou des situations ayant existé… c’est votre problème. »
Dès le début, Gabriela Trujillo donne la couleur autobiographique avec cette annonce. Autobiographie ou autofiction, ce n’est pas son souci comme elle le dit d’entrée de jeu. Le livre s’ouvre sur L. interrogée par un médecin à propos de sa lésion à l’œil gauche. « A-t-elle souvent été exposée à de fortes réverbérations ? » L. est silencieuse. C’est seulement quelques jours plus tard qu’elle se remémore son passé. L. va se remémorer la petite fille qu’était Louvette, une petite fille née le jour d’un tremblement de terre, ce qui lui vaudra son tempérament agité.
L’agitation de Louvette c’est justement ce qui rend le personnage attachant. La petite fille est noyée dans des torrents de passion pour les animaux, pour la littérature, pour la religion (elle veut devenir une sainte), pour les garçons aussi. Plusieurs garçons vont effectivement graviter autour de Louvette : Alec « la première flambée amoureuse de Louvette », Percy le lycéen adepte de Nietzche et des Clash, avec qui elle échange des baisers au cinéma, Saul chez qui elle va passer un bal de Mardi gras, Tristan l’étudiant en histoire et en économie qui l’initie à Marx et aux luttes du prolétariat international, et Félix « l’envoyé mutin des joies subites ». Elle se passionne également pour le poète Jules Supervielle, ce qui lui vaut sa participation à l’hommage organisé à cet auteur au lycée franco-uruguayen.
Louvette, c’est aussi une petite fille délaissée par ses deux parents. Le père fait des allés et retours dans la vie de sa fille, des disparitions et des réapparitions à répétitions, à coups de poker et à coups de poings.
La mère est partie à New York avec un nouvel homme. Mais Louvette a sa Nana Itzel, celle qui lui chante des berceuses : « Ce qui est déchiré devient chair nouvelle / Ce qui était blessure s’emplit d’une vie nouvelle / Cette plaie est l’œil de la violette. », Alba la grand-mère sacrificielle, Jeannie l’amie qui envoie des cadeaux (un disque vert de Belle & Sébastian et/ou Félix), sa bande d’Amazones avec qui elle participera à de nombreuses fêtes pour « la jeunesse [qui] s’ennuie à mourir », des soirées open-bar faisant la part belle aux drogues et à l’alcool.
Dans ce récit aux multiples chapitres, le lecteur sera conquis par ces différentes histoires qui, toutes reliées entre elles, constituent le portrait du personnage de Louvette. Gabriela Trujillo dépeint un personnage sur deux temps, le temps de l’enfance de la partie I « Un temps de petite fille » et le temps de l’adolescence, « Le coup de hanche du coyote ». Comme tous ces garçons, on tombe un peu amoureux de Louvette, on s’y attache, on voudrait que ses parents s’occupent d’elle, on voudrait que Percy ne soit jamais mort. Le lecteur se prend un peu pour Monsieur Ferro, un protecteur. Gabriela Trujillo nous embarque dans un pays exotique d’Amérique Centrale, faits de volcans et de guerres civiles où Louvette livrée à elle-même nous séduit totalement. Et on aime se laisser charmer par Louvette !
un roman qui se savoure comme un fruit acidulé...
Gwénaëlle B. Bibliothécaire
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L'invention de Louvette
Gabriela Trujillo
Verticales 2021