L’écho des livres du 20 février 2016 1/2 : sobres échanges autour de la sélection coup de soleil 2016

Cet « Écho des livres », notre comité de lecture à la médiathèque Marc Bernard, s’est ouvert sur une discussion autour des titres du prix Coup de soleil 2016. Pas de gros coup de cœur unanime cette année, et des désaccords fructueux !


« Les voies du temps »

Un  roman de Igdi Idoumou

« C’est dans celui-là qu’il y a un tremblement de terre ? » (merci Françoise)

Pour Chantal, il s’agit d’un bouquin rendu difficile à lire car presque uniquement constitué de phrases nominales : donc, le thème est intéressant, mais la lecture fatigante. 

Claude souligne la grande ambigüité du père ; c’est un profiteur, complète Chantal. Et puis, continue Claude, il y a beaucoup de mots en mauritanien, et pas de glossaire à la fin, et c’est un peu frustrant.

Evelyne, après lecture, avait noté « pas mal ». Mais elle a oublié pourquoi. Sic.


« Les intranquilles »

Un  roman de Azza Filali

Pas mal, mais pas marquant, pour Chantal : il s’agit de l’histoire d’un islamiste qui s’ouvre au contact d’une femme.

Claude note que Azza Filali a également écrit Ouatann, en 2014, et qu’il est franchement mieux, même passionnant.








« Les quatre saisons du citronnier »

Un  roman de Souad Benkirane

« Je me méfie des jolis titres » (encore merci Françoise)

Chantal pose le décor : c’est la première moitié du 20ème siècle, au Maroc. On enlève encore des petites filles, pour abuser d’elles. Et donc on suit une petite fille (aujourd’hui la grand-mère), et c’est parti pour une description des discussions et perfidies au sein du harem.

Evelyne souligne les deux plans de l’écriture : la grand-mère qui évoque ses souvenirs, et sa petite-fille, jeune fille moderne et émancipée. On a donc sous les yeux une évolution très rapide ! Oui, acquiesce Claude, et cette jeune fille veut aider sa grand-mère : même, elle l’enregistre ! 

Evelyne nous informe : Tahar ben Jelloun explique que les hommes peuvent contracter des mariages en CDD, lorsqu’ils voyagent, comme cela, ils ne « courent » pas (avec des prostituées), et n’attrapent pas de maladies. Oui, répond doctement Claude, il s’agit du "mariage instantané", qui dure deux jours, puis on répudie.

Evelyne et Chantal sont prêtes à voter pour ce roman… peut-être !


« Jacob jacob »

Un  roman de Valérie Zenatti

Pour Chantal, il s’agit d’un beau roman sur un juif de Constantine qui fait le débarquement de 1944 avec et dans l’armée française et combat en Alsace. On plonge (du pont) dans la vie de la ville, dans une très belle langue, de phrases haletantes et fluides.

Evelyne a beaucoup aimé la première partie du roman, puis s’est demandée pourquoi raconter l’arrivée en France des pieds-noirs : c’est comme si elle avait écrit un beau petit livre, mais trop court, alors elle écrit une fin inutile. Sic.

Mais elle évoque les habitants de l’Algérie, et ce qu’ils ont été pour la France, rétorque Claude. Il s’agit quand même de la traductrice d’Aharon Appelfeld ! La description de Constantine, des familles pauvres, est remarquable. Les juifs y sont implantés de longue date, les arabes également et cela fonctionnait. Tous parlaient arabe. Voyez les œuvres de Delacroix : femmes juives ou musulmanes portent les mêmes costumes. « Et vous savez, Constantine, c’est la ville de Saint Augustin » (… merci Claude).

Comme il semblait y avoir consensus pour ne pas voter pour ce roman, j’ai décidé de me lancer à défendre MON coup de cœur, et peu importe qu’il ait déjà remporté des prix par ailleurs !

Je l’ai trouvé très bien écrit (où, lorsque c'est si bien écrit, l'on ne sent plus d'écriture) surtout dans les descriptions du foyer de Jacob, avec sa belle-sœur, ses neveux (battus) et nièces (petites filles esclaves) opprimés par la domination masculine : domination silencieuse, extrêmement dure et systématique appliquée par les hommes dominants de la famille. 

Le petit garçon est « maté », les fillettes « pliées »… et la mère se tait. Mais c’est sans fioriture, sans pathos verbeux : c’est dans l’air, diffus. Et ça prend à la gorge.

À suivre mercredi 23 mars 2016 pour la seconde partie de l’écho des livres.

Sandrine S.
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