SEMAINE György Ligeti (1923-2006) du 5 au 9 avril 2016

A l’occasion de l’année G. Ligeti, Sophie Théron, professeur à la Sorbonne, et le Conservatoire de Nîmes proposent deux concerts et trois conférences à la Bibliothèque de Carré d’Art.

Comme beaucoup de compositeurs de sa génération, traumatisé par la guerre, Ligeti a souhaité transformer radicalement et en profondeur le langage musical. S’il s’est vite intégré aux courants les plus avancés de la musique contemporaine, il n’en conservera pas moins une position indépendante.





Ligeti : de la tradition à la modernité


Lorsqu’il quitte son pays, la Hongrie, en 1956 pour s’installer en Allemagne le compositeur porte en lui une pensée polyphonique qui vise à une sorte de continuité statique. Cette pensée, dont il dira qu’elle lui a été inspirée par les œuvres d’Ockeghem et par le mouvement des vagues, et que ses expériences électroniques lui ont permit de contrôler, a conduit Ligeti à l’élaboration de structures polyphoniques extrêmement complexes.

Inspiré par  Bartok, Webern, Kodaly, à 33 ans, Ligeti travaille en compagnie de Karlheinz Stockhausen au studio de musique électronique de la Radio de Cologne. Déçu par les limites de cette musique il s’installe ensuite à Vienne pour enseigner la composition. Dès 1961 dans son œuvre « Atmosphères » pour grand orchestre il se concentre sur le timbre et la dynamique alors que le post-sérialisme  de Boulez et de Stockhausen accorde la primauté à la hauteur et à la durée.
Son génie éclectique puise son terreau aussi bien des traditions transylvaniennes ( perceptible dans son Concerto roumain ) que de la polyrythmie africaine ( dans Trois pièces pour deux pianos ), de la samba brésilienne que de l’œuvre du musicien américain Coulon Nancarrow.


Ligeti : une musique du chaos

 
Une image décrit bien son travail : celle de l’essaim d’abeilles, constituant une forme globale malgré la multitude des trajectoires changeantes qu’il compose. Il suffit d’écouter « Lux Aeterna » (1967), œuvre emblématique de Ligeti pour en être convaincu. Il s’agit de l’illustration sonore d’un chaos parfaitement organisé.
Ligeti qui a l’obsession de la douleur et du deuil ( son requiem en est un exemple) est fasciné par le chaos mais aussi par le trompe-œil en peinture, dans les œuvres de Piranèse ou d’Escher, des éléments qu’il applique dans ses compositions. A ce tître dans « Atmosphères » , œuvre largement statique, Ligeti cherche un équivalent musical aux leçons de peinture de Paul Cézanne.

Ligeti : une musique apparemment statique

 
Ligeti ne cesse d’affiner un langage d’essence statique, une esthétique du son continu ( œuvre « Continuum » ‘( 1968 ) pour clavecin ) en explorant les larges possibilités de la micropolyphonie ( de nombreuses voix différentes se mêlent pour former un ensemble fluorescent )


« Ma musique donne l’impression d’un courant continu qui n’a ni début ni fin. Sa caractéristique formelle est le statisme, mais derrière cette appparence, tout change constamment »


La dernière manière du compositeur dans les années 80 se caractérise par un retour à une écriture plus traditionnelle comme en témoigne notamment son Concerto pour violon (1992) qui est un pur chef d’œuvre ( écoutez le deuxième mouvement interprété par Sashko Gawriloff avec l’Ensemble intercontemporain dirigé par Pierre Boulez ).


Si la musique de Ligeti est d’un accès difficile elle ne devrait laisser personne indifférent.


Catherine D.

pour aller plus loin sur ce sujet,
à lire :
Neuf essais sur la musique György Ligeti 
Musiques savantes, de Ligeti à la fin de la guerre froide 1963 - 1989 Guillaume Kosmicki
à voir :
György Ligeti, documentaire 1993, 65 min réal. Michel Follin

à écouter :
Le grand macabre, Opéra
The Ligeti project 
Lux aeterna
2001 a space odyssey 
Works for piano, Etudes, musica ricercata 

programme complet de la semaine Ligeti
 
 
          
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