Extrémement fort et incroyablement près

Roman de Jonathan Safran
Adapté au cinéma par Stephen Daldry


Extrêmement émouvant, incroyablement beau… voila ce que je dirai, moi, à la lecture de ce « petit bijou ».

Au-delà de la quête d’Oskar, qui recherche son papa disparu dans l’attentat du 11 novembre à New York ; c’est tout un univers d’émotions qui nous bouleversent au fil des découvertes, des rencontres, des souvenirs, des lettres, des images qui jalonnent ce roman à tiroirs.

L’histoire d’une famille sur 3 générations, un grand père, un père, un fils… Oskar, un petit garçon intelligent, torturé, courageux, fragile, merveilleux et unique !



La version ciné, réalisée par Stephen Daldry est bien fade malgré le talent des acteurs (Tom Hanks, Sandra Bullock).  Le scénario ne restitue pas toute la complexité de l'histoire familiale d'Oskar. Même si la quête du père est bien là, elle se résume à des rencontres dans tout New York... émouvant certes, mais plutôt mince quand on a lu l'ouvrage magnifique et si particulier de Jonathan safran Foer. 

« N’empêche, ça m’a collé des semelles de plomb, mais alors de plomb.Papa n’était pas un Grand Homme, pas comme Winston Churchill, dont je ne savais rien d’ailleurs. Papa, c’était quelqu’un qui dirigeait une bijouterie familiale, voilà. Rien qu’un papa ordinaire. Mais comme j’aurai voulu, à ce moment-là, qu’il ait été Grand. J’aurais voulu qu’il ait été célèbre, célèbre comme une star, parce qu’il le méritait. J’aurai voulu que M. Black ait écrit sur lui, et risqué sa vie pour raconter au monde entier qui il était, et qu’il ait des souvenirs de lui partout dans son appartement. »  

Christine 

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« Quand papa était venu me border ce soir-là, la veille du pire jour, je lui avais demandé si le monde était plat, si c'était une plaque sur le dos d'une tortue géante.  


Oskar Schell, francophile, pacifiste et inventeur amateur farfelu, est un garçonnet de neuf ans dont le père meurt dans les attentats du 11 septembre.

Un an après, la découverte d’une mystérieuse clé lance le garçon dans ce qu’il pense être le dernier jeu de pistes entre lui et son père.
Une quête complètement folle aux quatre coins de New York, sur la piste de la famille d’Oskar, à la rencontre d’une galerie de personnages cocasses sur plus de 50 ans d’histoire.




Un puzzle typographique familial autour de l’histoire d’un petit garçon attachant qui ne comprend pas la mort

Tout le roman est articulé autour de l’histoire d’Oskar, jeune garçon ultrasensible à l’imagination débridée, très en avance pour son âge. Mais quand son père meurt, il a du mal à comprendre cette disparition et à faire son deuil.


Oskar refuse de laisser partir son père et s’accroche à son enquête comme on s’accroche aux objets d’un défunt. Ses recherches sont un moyen de se rapprocher de son père, en même temps qu’il s’éloigne de sa mère, le seul personnage principal très peu développé du livre.

Mais le roman de Jonathan Safran Foer, véritable fable moderne, est avant tout un exercice typographique. Car sur la forme le roman attire par sa mise en page singulière, ses trouvailles grammaticales, ses respirations photographies, son écriture qui renforce la proximité avec des personnages que l’on pourrait croire réels.


Chaque personnage possède sa manière d’écrire et de mettre en page  ses sentiments : Ponctuation hasardeuse, espaces exagérés, fautes d’orthographe…


Heureusement d’ailleurs que chaque style est identifiable, car Extrêmement fort et incroyablement près fait partie de ces livres qui aiment mélanger les histoires, les aller-et retours entre différentes époque dans un méli-mélo pas toujours facile à comprendre.


Car on est en face d’un puzzle familial, l’histoire de trois générations de Schell, depuis le Dresde d’avant le bombardement jusqu’au New York post 11 septembre 2001.

Il y a entre les deux tragédies une symétrie dont les échos se font sentir dans la vie de tous les personnages du livre.
Au final c’est l’histoire du manque et de l’absence, de l’acceptation de la mort, de la connaissance de son passé, de toutes les souffrances de la vie, celles qu’on ne partage pas, qui nous bouffent de l’intérieur, qui nous façonnent, modifient le court de nos vies et pour finir nos relations aux autres.

«Hein ? Quoi ? Qu’est-ce ?»


Malgré tout, je dois dire qu’à mon grand regret je n’ai pas été totalement happé par ce roman.

L’auteur possède un talent indéniable pour la description psychologique de ses personnages, la justesse de leurs réflexions et la finesse des relations qu’ils tissent entre eux.

Pourtant, le roman se perd en court de route et peine à démêler les fils de toutes ses intrigues. Le début et la fin du roman sont exemplaires, mais l’histoire connaît un passage à vide au milieu et durant des pages et des pages on se demande ou l’auteur veut en venir.

Ce qui commence comme un jeu de pistes à travers New York finis par devenir un imbroglio de non-dits épistolaire à travers le temps. Difficile de savoir qui du père, du grand-père ou de la grand-mère écrit.

Seules les aventures d’Oskar ancrent le récit dans une continuité, car ces passages sont reconnaissables entre tous. C’est l’épine dorsale du roman, une histoire vers laquelle convergeraient toutes les autres.

Pourtant, les intrigues autour des grands-parents sont passionnantes. La vie à Dresde (et le fameux bombardement, décris au ras des vagues), la découverte de la sexualité, la vie de couple qui s’enlise dans le quotidien,  le questionnement sur le rapport à l’autre. Deux parcours d’écorchés vifs, deux âmes qui voient la vie avec des yeux grands fermés, des destins fragiles et émouvants qui traversent le roman.
Malheureusement il y a dans cette volonté d’entremêler plusieurs destins dans une mise en forme tarabiscotée le sentiment qu’on cherche à brouiller les pistes pour ne pas raconter grand-chose.

Est-ce à dire que Extrêmement fort et incroyablement près est davantage un ouvrage de forme que de fond ? Je n’irais pas jusque là. En revanche la forme prend trop souvent le pas sur le fond et finis par éloigner le lecteur de l’essentiel.


L’envie de raconter de manière originale est louable. Mais cette narration 2.0 s’apparente à de la poudre aux yeux, pour donner un cachet éminemment littéraire à une histoire simple (sans être simpliste) et belle qui se serait bien portée d’un peu plus de retenue.


Un film émouvant qui occulte la dimension familiale

Extrêmement fort et incroyablement près fait partie de ces ouvrages que l’on imagine mal transposés au cinéma.

Comment rendre la multiplicité des intrigues et l’aspect résolument plastique du roman de Safran Foer sur le grand écran ?

Stephen Daldry a choisi une solution expéditive : pas de narration éclatée (tout au plus quelques allez-retours chronologiques) et surtout on occulte quasi intégralement l’histoire des grands-parents. Le film se concentre exclusivement sur l’histoire d’Oskar et son enquête.

Quelque part il est regrettable que l’originalité de forme du roman de Foer ait disparu dans l’aventure. De la fresque qui s’étalait sur plus de 50 ans, deux drames et cinq destins, il ne reste qu’un mélodrame très classique, articulé autour d’une seule intrigue.
D’un autre côté, les enjeux s’ils sont moins intéressants et complexes sont aussi plus clairs et mieux posés.
D’ailleurs, on pourrait croire qu’il s’agit d’une version light du livre puisque le film n’adapte qu’un seul segment. Pourtant, il n’en est rien, car la cause finale du film n’est pas la même que celle du roman. Si le livre parlait avant tout de la famille et de savoir d’où l’on vient, la version cinéma traite du deuil, d’accepter la mort d’un être cher comme étant définitive pendant que la vie continue.

Finalement, le principal souci du film, c’est qu’il est conçu pour faire pleurer.  Rien que la musique est mélancolique et répétitive et ancre le film dans la catégorie tire-larme.

Il faut quand même noter que sur quelques passages, le mélo finit par prendre surtout vers la fin, en grande partie grâce à une scène touchée par la grâce dans laquelle Oskar fait écouter au locataire les messages laissés par son père sur le répondeur juste avant sa mort. Un joli moment de cinéma, mis en scène de manière retenue, porté par les interprétations exceptionnelles de Max Von Sydow et de Thomas Horn.
Enfin, le film retranscrit très bien l’innocence d’Oskar, permet de s’identifier à lui et creuse un peu plus le personnage de la mère plutôt bien campée par Sandra Bullock.

Au final, un film élégant avec quelques fulgurances, mais qui exploite à fond les tics maniérés du cinéma indépendant américain tout en tirant de manière trop voyante sur la corde sensible.



Nicolas
 
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